On va déguster Paris

Couverture Gaudry

Réfpar François-Régis Gaudry dans On va déguster Paris en novembre 2022

Le tsar du chic

Russe d’origine, Parisien de coeur et d’adoption, Wiatscheslav Vassiliev dit Slavik fut l’un des plus importants décorateurs de restaurants du xx• siècle.

Slavik

Son style :

Travailleur infatigable, Slavik a créé de véritables oeuvres dans plus de 200 boutiques et restaurants de la capitale. Difficile de ranger ses décors dans des cases esthétiques : en créateur érudit, excentrique et génial, il cultivait dans un esprit poétique, ludique et spectaculaire des inspirations éclectiques, où se côtoyaient des influences surréalistes, Art nouveau, Arts déco et une touche de style industriel.

Son portrait gourmand :

Slavik adorait :

> Les assiettes et les verres noirs.

> S’asseoir toujours de ¾ avec ses assiettes et couverts en diagonale par rapport à l’axe de la table.

> Déjeuner au restaurant tous les jours. Il mettait cela en rapport avec les privations et la solitude de son enfance.

> Préparer des harengs à l’huile et des punchs pour ses amis.

> Le vin rouge, la vodka, le prosecco, le limoncello, le café noisette au comptoir.

> Le gâteau de Pâques, la paska qu’il achetait chez Dominique, rue Vavin (Paris 6′),jusqu’à ce que sa femme, Géraldine Cerf de Dudzeele, apprenne à le faire. Ce qui lui a permis d’en manger à tous les repas pendant 8 jours !

Son sens du business

Slavik a tant arpenté Paris qu’il avait une connaissance aiguë des besoins par quartier, par clientèle. Il aimait les matériaux luxueux, pousser ses créations jusque dans les moindres détails ( ticket de caisse, cure-dents … ). Mais il pensait avant tout à la rentabilité : là où il passait, le chiffre d’affaires était multiplié par deux. Il optimisait le nombre de clients pouvant tenir à table, l’espacement pour le passage des serveurs. Il maîtrisait le dosage du bruit : plus il y en a, plus les gens, obligés de crier, ont soif !

Les décors qui ont disparu ...

BRASSERIE DU LUTETIA (1979)
23, rue de Sèvres, Paris 6
Lampes potiron, grands miroirs sur moulures d’acier, chaises Thonet

CHEZ FRANCIS (1980)
7, pl. de l’Alma, Paris 8
Slavik transforme ce restaurant à l’abandon en salon Louis XV tout en boiseries

LE PARIS (1985)
23, rue de Sèvres, Paris 6
Dans ce restaurant du Lutétia, la lumière tamisée met en valeur le teint des clients et, jamais vu à l’époque, des lampes à batterie sont posées sur les tables

FORZA I MATTI (1985)
7, bd des Italiens, Paris 9 
Lorsque Slavik décore un restaurant vénitien, il installe ni plus ni qu’une véritable gondole au centre.

LE JULES VERNE (1983)
5, av. Gustave-Eiffel, Paris 7
Au 2′ étage de la tour Eiffel, Slavik a voulu un décor noir, car la vue est le seul décor qui vaille. Les fauteuils, noirs à ou roulettes, rappellent les entrecroisements de la tour.

LE PETIT MÂCHON (1976)
123, rue de la Convention, Paris 15
Pour exciter l’appétit, il peint des menus de son cru sur les miroirs : «tendres triperies» ou « plats roboratifs et gais».

ASSIETTE AU BŒUF (1974)
123 av. des Champs-Elysées, Paris 8
En plus d’assurer une rotation de 7,5 clients par place et par jour, le décor est impressionnant : mur en faux marbre rouge et palmiers géants en métal couverts d’ananas scintillants de lumière.

LE BŒUF À 6 PATTES (1984)
N118, rue Francis-Perrin, Gif-syr-Yvette (Essonne)
Pourquoi des bœufs  à 6 pattes collés au plafond de ce restaurant de viande ? Tout ce que l’on sait, c’est que la multiplication des membres était un fantasme récurrent chez Slavik.

... et ceux qui ont subsisté

LE LOUCHEBEM (1986)
31 rue Berger, Paris 1er
Lampes d’éclairage public de Milan, installées depuis têtes en bas et baptisées « les trois tétons »
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LE BISTROT DE PARIS (1965)
33, rue de Lille, Paris 7
Lustres surdimensionnés, murs et plafonds recouverts de peint gaufré et miroirs biseautés à encadrement doré.
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LE DÔME (1980)
108, bd du Montparnasse, Paris 14
Replonger dans le Paris des années 1980 en mirant les photos en noir et blanc de ceux qui ont fréquenté ce lieu.
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VICTORIA STATION (1970)
11, bd Montmartre, Paris 2
Un wagon de train des années 1930, intact depuis sa première heure.
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MARIUS ET JANETTE (1985)
4, av. George-V, Paris 8
Un intérieur de bateau en acajou verni, des glaces à la place des hublots et tous les instruments de la pêche au gros fixés aux murs au plafond.
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POISSONNERIE DU DÔME (1980)
4, rue Delambre, Paris 14
Ce commerce est orné de trois panneaux en bois représentant des trompe-l’oeil de céramique aux motifs marins (homard, esturgeon, lotte. .. ).
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LE CAPUCINE (1984-1985)
39, bd des Capucines, Paris 12
1, rue Auber, Paris 9′
Restaurant et salon de thé somptueux, lustres composés de quelque 3 000 pétales en verre de Murano rouge. Juste à côté, L’Entracte et ses luminaires suspendus, des grappes de billes de verre de Murano.

L’EUROPÉEN (1976)
21 bis, bd Diderot, Paris 12
Près de la gare de Lyon constater l’art de Slavik d’attribuer aux matériaux de nouveaux usages : au plafond, couronnes renversées en soie jaune et taffetas en guise de luminaires, à côté, des bouquets
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LE ZEYER (1980)
62, rue d’Alésia, Paris 14
L’immense coupole de 100 m2 diffusant une lumière dorée.
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LA CONSIGNE (1981)
71, bd du Montparnasse, Paris 6
Évocateur de l’Orient-Express, glaces biseautées, marqueterie, luminaires en laiton, abat-jour et banquettes en velours.

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