Réf : article de Anna Topaloff, L’Observateur, Février 2022
« L’angle droit, il y en a marre ! » avait coutume de répéter le décorateur Wiatscheslav Vassiliev dit Slavik. Un cri du coeur qui deviendra la signature visuelle de ce pionnier du design, né à Tallinn en 1920, et dont la fascination pour « la sensualité de la courbe » sera le symbole d’un certain esprit parisien.
Le Drugstore des Champs-Elysées, inauguré en 1958, le restaurant Jules Verne, en haut de la tour Eiffel, L’Assiette au boeuf, la Brasserie Lutetia, Le Zeyer, l’Européen, le Dôme… Deux cents établissements de la capitale ont porté, et parfois, portent encore aujourd’hui, la marque de cette esthétique si particulière, qui connut son apogée dans les années 1970-1980.
Aux courbes « slavikiennes » – bars qui serpentent, escaliers qui ondoient … », s’ajoute l’usage décomplexé du bois de cèdre teinté, du laiton, de l’inox, du cuir.
Cette ambiance unique – entre pub anglais, brasserie viennoise et diner américain, et pourtant follement parisienne – se décline jusque dans les moindres détails : dans les sièges tout en rondeurs, les moquettes moelleuses, les lampes inspirées des salles de jeu ou des phares de voiture, – comme pour le pub Renault créé en 1963 – les cendriers …
Un « design total », qui pose les bases d’un métier qu’on n’appelle pas encore directeur artistique. Et qui façonne tout un univers sensoriel. Ainsi, le beau livre consacré au travail de Slavik regorge d’images couleur marron glacé d’où se dégagent, si l’on s’en approche un peu, un parfum d’eau de Cologne, de whisky et de tabac brun.
Slavik, les années Drugstore, Norma Editions, 55 €



