Slavik ou de la mise en scène dans l’art de vivre

Réfarticle de Mossimiliano Mocchia Di CoggiolaSky Blue, Mai 2023

Il y a des lieux où l’on va pour se montrer, d’autres où l’on va pour se cacher. On paye (parfois très cher!) pour se cacher; mais c’est une évidence que les lieux les plus luxueux sont ceux faits pour nous exposer.

Depuis la fin de l’Ancien Régime, le théâtre a cessé d’être un lieu de rendez-vous mondain, une vitrine : aujourd’hui on y va pour regarder un spectacle, ce qui est souvent bien embêtant. On me dit, même, que la plupart des aficionados des courses de Deauville y vont pour parier – pour de vrai. Alors, si on exclut les bals des débutantes, il nous reste le restaurant.

Le restaurant, lui, est un théâtre valable pour mettre en scène notre ennui ( et parfois, notre compagnie). Slavik n’était probablement pas le premier à l’avoir compris, mais dans l’ère moderne, il fut certainement le premier à en faire un modus operandi. Et à concevoir un décor de restaurant comme l’on imagine un théâtre : un théâtre où l’on est acteurs et spectateurs à la fois. Il faudrait arrêter de se dire qu’on ne juge pas un livre par sa couverture : cette intellectualisation de la cuisine est bien française, hélas, tout comme l’on prétend que les meilleurs livres sont ceux enveloppés d’une simple couverture jaunâtre. 

Slavik était donc bien plus qu’un décorateur: ses restos, ses pubs, ses « drugstores », ses boutiques visaient à susciter l’émerveillement du client, à stimuler son sens du beau, à titiller son snobisme. Créateur de microcosmes pour les bons-vivants, Slavik disait en parlant de lui et de son équipe : « Nous ne sommes pas des décorateurs; nous sommes des gens de théâtre de boulevard. Nous voulons qu’il se passe quelque chose ». 

C’étaient les années 1970-80, apogée de sa gloire, récompensée par le trophée de la Création du plus beau restaurant contemporain 1987 pour le décor du restaurant Le Jules Verne, grandiose mise-en-scène aux accents cubistes au deuxième étage de la Tour Eiffel. Étrangement, le plus « minimaliste » de ses intérieurs !

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