Réf : Le Canard Enchaîné, décembre 2021
Un livre pour ressusciter une oeuvre. Celle du décorateur et designer Slavik, chouchou des années 60, révélé par le Drugstore des Champs-Elysées, mais aussi créateur de multiples objets symboles de la modernité des Trente Glorieuses.
Wiatscheslav Vassilieff, né en 1920 à Tallinn (Estonie) et rapidement émigré en France, se forme aux Arts-Déco, avant de concevoir des vitrines pour les Galeries Lafayette, de dessiner des tapisseries pour la manufacture des Gobelins ou des décors de théâtre, tendance surréaliste.
La célébrité arrive avec les Drugstore, commandé par le patron de Publicis, Marcel Bleustein-Blanchet, qui veut un symbole du vent de renouveau soufflant d’outre-Atlantique. Le lieu devient rapidement le rendez-vous de la jeunesse branchée, les « minets » moqués par Jacques Dutronc Fort de ce succès, Slavik, mort en 2014, décorera des centaines de restaurants à travers le monde. Le plus souvent dans un style Belle Epoque revisité: courbes de bois vernis, cuivre et chrome scintillants, miroirs à gogo.
Un style à l’inverse de sa première carrière de designer adepte d’un Bauhaus fonctionnel et dépouillé. A la tête du département d’esthétique industriel de Publicis, il avait alors multiplié les objets du quotidien : poste de télévision futuriste, radio portable en plastique (un matériau qui révolutionne à l’époque), tourne-disque en forme d’oeuf, téléphone blanc à touches, en courbes douces, préfigurant le film « 2001, l’odyssée de l’espace ». Mais aussi conçu des stations-service modernistes pour Shell ou un pavillon à l’Exposition universelle de 1958, à Bruxelles.
C’est le mérite de ce « beau livre » – très bien illustré – de faire revivre ces salles de restaurant rutilantes, dont bien peu ont survécu, et ces objets aujourd’hui disséminés.



