Pub Winston Churchill

le pub anglais réinventé par Slavik, avec humour et panache

Entre satire et hommage, un décor franco-britannique signé Slavik

Lorsqu’en 1965 la brasserie anglaise Watney Mann inaugure le Sir Winston Churchill Pub au 5 rue de Presbourg, elle ne cherche pas à créer un simple repaire pour expatriés. Elle veut marquer un territoire, installer une adresse aussi londonienne qu’inattendue, juste à deux pas de l’Étoile.

Pour mettre en scène ce pari, on fait appel à Slavik, qui ne manque ni de culot ni d’inspiration. Plutôt que de copier un pub victorien, il décide d’en offrir une lecture joyeusement parodique, mêlant références anglaises, détournement des codes bourgeois français, et goût du détail ironique. Il conçoit un lieu à la fois théâtral et populaire, un décor exubérant et enveloppant, pensé comme une fiction à boire.

C’est un projet typiquement slavikien : jouer avec les styles pour créer une atmosphère vivante, accessible, et mémorable.

Un faux pub, plus vrai que nature

Chez Slavik, l’ambiance précède souvent la fonction. Dès l’entrée au Winston, on comprend qu’on pénètre dans un univers — pas une copie de pub londonien, mais un rêve d’Angleterre vue par un Parisien cultivé et espiègle. Boiseries foncées, banquettes en velours, lumière tamisée, bibelots chinés, portraits en médaillon et senteur de cuir : tout évoque l’ancien club privé… version fantasme.

On est à mi-chemin entre un salon de gentleman excentrique et un décor de théâtre de boulevard, avec un humour discret et assumé. L’ambiance est chaude, bruyante, accueillante. On y parle anglais et français, on trinque entre inconnus, on se sent dans un ailleurs stylisé, où la décontraction est habillée de velours et de cuivre.

Une mise en scène truffée d’allusions

Slavik s’amuse. Chaque recoin du pub est un clin d’œil codé : les rideaux à motifs floraux s’opposent aux canapés à carreaux. Des objets incongrus — cannes, chapeaux melon, cartes postales désuètes — surgissent comme des accessoires de théâtre. Les cadres désaxés, les fausses bibliothèques, les plaques émaillées contribuent à une atmosphère à la fois feinte et profondément immersive.

La lumière est pensée comme dans un intérieur anglais : faible, dorée, filtrée. Le bar devient une scène, les tables des loges, les serveurs des personnages. Et même les bières anglaises tirées à la pression semblent participer à cette comédie légère et sophistiquée. Slavik ne fait jamais dans la reconstitution : il réinvente un lieu à partir d’un imaginaire collectif, et l’anime avec style.

Un pub devenu décor culte, au-delà du folklore

Pendant des décennies, le Sir Winston Churchill Pub est resté une adresse emblématique, connue autant pour son atmosphère unique que pour son positionnement décalé. Il ne s’agissait pas seulement d’un bar : c’était une expérience culturelle, un espace où le décor racontait autant que la carte.

Si le lieu a depuis été entièrement repensé en 2020 par l’architecte Laura Gonzalez dans un style anglo-indien plus contemporain, l’empreinte de Slavik reste dans la mémoire collective. Il a démontré que l’on pouvait jouer avec les styles sans les trahir, que l’humour pouvait cohabiter avec le raffinement, et que la convivialité pouvait être mise en scène avec autant d’intelligence que de malice.

En 1965, Slavik n’a pas simplement décoré un pub. Il a inventé un espace de fiction vivante, un décor à boire, à vivre, à revisiter — où le Paris des sixties se frottait à l’Angleterre éternelle. Et le résultat reste, aujourd’hui encore, un chef-d’œuvre d’esprit, de forme… et de liberté.

Classé monument historique depuis 1984, ce restaurant n’a rien perdu de son éclat. Slavik y a laissé une empreinte durable, parce qu’il a su y insuffler de la vie, du mouvement, et un profond respect pour les gens qui le fréquentent.

Aujourd’hui encore, en entrant sous sa verrière colorée, on ne s’assied pas seulement à table : on entre dans une scène de Paris, où le passé continue de dialoguer avec le présent — avec élégance, générosité et simplicité.

Localisation

5 Rue de Presbourg, 75016 Paris

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