l’âme du bistrot recréée par Slavik
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Aussi rutilant et accueillant qu’au jour de son inauguration le 11 novembre 1965 à quelques jours de l’ouverture du Drugstore Publicis Saint Germain ! Ça a tout de suite été LE restaurant racontait Michel Oliver, l’heureux propriétaire. Les politiques à déjeuner, le Tout-Paris le soir, ajoutait-il. C’est un restaurant historique quasiment intact.
Un classicisme chaleureux et vivant
L’atmosphère du Bistrot de Paris évoque tout ce que les Parisiens et les amoureux de Paris attendent d’un vrai bistrot : du bois, du laiton, des nappes blanches, des miroirs, des discussions animées. Mais chez Slavik, tout cela est chorégraphié avec précision. L’espace est fluide, accueillant, lumineux sans être froid, vivant sans être bruyant.
Le raffinement discret du vrai bistrot
Slavik ne cherche pas l’effet spectaculaire. Ce qui fait le charme du Bistrot de Paris, c’est la sobriété parfaitement orchestrée. Les miroirs muraux agrandissent l’espace tout en captant la vie du lieu. Les chaises Thonet, les portemanteaux en cuivre, les luminaires ronds aux teintes dorées composent une partition douce et cohérente.
Il réinterprète les codes du bistrot traditionnel avec un œil de designer et un cœur de Parisien.
L’idée n’est pas de faire dans la nostalgie, mais dans la permanence. Il veut que les clients s’y sentent bien dès la première fois, comme s’ils y étaient déjà venus. Il crée un décor intemporel capable de résister à toutes les modes, fidèle à l’esprit des grands bistrots parisiens, tout en y imprimant sa patte unique.
Le Bistrot de Paris demeure une adresse emblématique. On y revient parce que l’on s’y sent bien, parce que rien n’y agresse, parce que tout y est pensé avec amour du métier et respect du client.
Localisation
33, rue de Lille, 75007 Paris
Revue de presse
NYT International novembre 1965 :
In a blaze of publicity two weeks ago, Mr Olivier opened his Slavik decorated Le Bistrot de Paris. It immediately justified his vaunting name by becoming the bistrot of the Tout Paris. People plead for admission to the place where the Windsors, Françoise Sagan or Bettina might be seen, and the 90 seats are booked at least three days ahead
Philippe Couderc novembre 1965 :
La réussite est à peu près absolue. Le décor 1880 de Slavik, son jardinet d’hiver, ses grandes glaces, sa salle de billard, est empreint d’un charme, d’une grâce et d’une gaieté incomparables. On n’a pas ouvert à Paris, depuis la guerre, un restaurant aussi séduisant
Gault et Millau mai 1968 :
Le décor de Slavik est l’un des plus aimables et des plus réussis de Paris
Gault et Millau novembre 1969 :
Slavik a aménagé au premier étage un grand salon et une salle de billard d’un charme très britannique.
Paris-Paris-Juin 1973 :
Slavik a imaginé un décor selon le début du siècle, plus que joli et qu’on a beaucoup copié par la suite. Enfin, sans être un habitué, on est sûr d’y reconnaître une personnalité bien parisienne.
Gault et Millau janvier 1974 :
Les chaises de bistrot n’incitent pas à la rêverie, mais on ne se trompe pas en emmenant diner une femme chez Michel Oliver, surtout si l’on obtient une table près du zinc dans le « jardin d’hiver ». Vins excellents.
Mon interview de Michel Oliver le 11 juin 2015
Michel Oliver, fils de Raymond Oliver du Grand Véfour, quitte son emploi de 1° maître d’hôtel chez son père et veut faire son propre restaurant :
« J’ai connu Slav en 1964. Je voulais que ce soit Slav, qui était le plus en vogue des décorateurs parisiens, qui fasse le Bistrot de Paris. J’ai dit à Madame Rabuteau qui s’occupait des bouquins au Drugstore des Champs Elysées que je voulais le voir. Elle m’appelle un jour où on faisait des photos de lui.
Je vois ce personnage avec sa saharienne ceinturée et ses pantalons dans de petites bottes.
Monsieur Slavik, je vais ouvrir un restaurant ; j’aimerais que ce soit vous qui le fassiez.
Raconte-moi ton idée !
Je lui explique
Ca m’intéresse. Je te le fais.
Mais j’ai pas d’argent. Je vous paierai au fur et à mesure…
Je t’en fais cadeau de ton resto !
C’est pourquoi je lui ai fait faire tous mes restaurants par la suite. Pour moi, c’est sacré ;
Slavik travaillait par images. Il t’amenait dans sa bulle à lui. Il vivait une vie différente dans laquelle il te permettait de rentrer. Il avait une vision joyeuse des choses.
Il était en accord avec ce qu’il était. Il réussissait à imposer ce qu’il voulait. Il ne se laissait pas influencer. Il allait très vite dans les idées. C’était un chasseur à l’affût. Il écoutait et il prenait ou ne prenait pas. Sa position était à l’affût, il attendait …
Je vais te faire un costume pour toi avait-il dit. Je rentrais dans le Bistrot de Paris et j’étais bien. C’était luxe et bistrot. Ca a été un tailleur sur mesure ! C’est la différence. Il disait qu’il fallait toujours être fidèle à ses préférences. Il y avait des gros lustres énormes avec des miroirs.
Les cuisines au rez-de chaussée : ça commençait à l’époque. Au Grand Véfour, les cuisines étaient au sous-sol. On me disait de préparer un plat pour Monsieur Dupont et moi je ne le voyais pas. J’étais un rat ! Une des salles est devenue la cuisine.
Je voulais que la cuisine soit ouverte sur la salle pour 2 raisons :
- ça permettait qu’elle soit nickel
- ça permettait que les cuisiniers voient qui ils servaient. C’est un échange. »
On a ouvert le Bistrot de Paris le 11 novembre 1965 à quelques jours de l’ouverture du Drugstore Publicis Saint Germain.
Ca a tout de suite été LE restaurant ! C’était le truc dont tout le monde parlait.
Ca a été une traînée de poudre l’ouverture du Bistrot de Paris. Il y avait trois semaines de réservation.
Cette clientèle-là est volage. Je pensais qu’après l’excitation de l’ouverture, il y aurait ensuite une baisse et ça n’a pas eu lieu.
A déjeuner, beaucoup de politiques et tout le PS. Le soir, le Tout-Paris. On se marrait.
J’étais fasciné. J’étais dans le labyrinthe avec les miroirs d’Alice au Pays des Merveilles. Je rêvais avec lui. Il m’a réalisé mes rêves, ce qui me drivait.
Lustres
Slavik assemble ces lustres sur des platines constituées de miroirs multipliant les effets de reflets qui s’ajoutent à ceux des nombreux miroirs couvrant les murs. Dès l’origine, les chaises font l’objet d’un panachage selon deux modèles dont les Thonet N° 18 que l’on retrouvera dans plusieurs des réalisations de Slavik